« Les coullisses du Je » interview de Dominique Claude

Ingénieur ou ingénieuse ?

Quelles sont vos passions ?
Outre mes hobbies, les miens, ma famille, mes amis…les autres : ils sont ma nourriture, et mes richesses !
Mes voyages tant professionnels que personnels : ils permettent la découverte au sens large et ils entretiennent mes degrés d’adaptation
Mes lectures et mes périodes de réflexion sont essentielles : elles me permettent le recul nécessaire dans ma vie de tous les jours

Quelles sont vos citations préférées

« Ce qu’un homme ne dit pas, est le sel de la conversation » proverbe japonais
« Notre vie commence à s’arrêter le jour où nous gardons le silence sur les choses graves » Martin Luther King Jr
« Il y a deux choses qui sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Mais pour l’univers j’ai un doute ».  « Il est plus facile de briser un atome, que de briser un préjugé » A. Einstein

Quels sont vos projets en cours ?
Étude de la « Brilliant Factory » telle que vue par General Electric.
Mise en place d’un module de gestion de magasins et d’emplacements dynamiques dans un milieu international
Mes projets permanents : entretenir mon dynamisme et choyée ma santé !

Quel a été votre parcours ?
Mes études universitaires ne me prédestinaient pas à me « frotter » au masculin… et pourtant, les hasards de mon parcours en ont voulu autrement ! Initialement, mes études de Marketing et commercialisation à l’international devaient m’amener à côtoyer un monde assez féminin, mais mon envie d’apprendre et de toucher à autre chose ne m’a jamais lâchée.
Tôt, à 20 ans, DUT en poche, j’ai intégré un groupe américain (grand spécialiste de la filière pétrolière). En débutant par la gestion commerciale du portefeuille d’un client bien connu…..Et là, mon monde à rapidement basculé ; j’ai voulu en savoir plus, et connaître l’envers du décor de la vente, pour finalement remonter toute la filière…typiquement masculine : les secrets de la fabrication, de l’approvisionnement, du stockage, des méthodes, de la conception et des matières utilisées, la constitution des prix de revient, le reporting financier…. Quelle chance d’avoir intégré un groupe américain, dont par nature, il est de rigueur de changer de position tous les 3 ans, et où la position de la femme dans l’entreprise n’a jamais été bridée… du moment qu’elle fait « la job » !
Je n’aurai jamais eu cette opportunité dans un groupe français dans les années 1980, je l’avoue, et m’en suis vite rendue compte lors de mon intégration 9 ans plus tard ! L’organisation pyramidale traditionnelle m’est apparue comme un frein, non seulement à l’évolution de l’entreprise en interne, je l’ai vécu comme un ralentisseur à son ouverture aux clients et l’évolution de ses besoins…. Que dire de la place des femmes dans ce monde quasi exclusivement masculin ? Dur, isolé, je te regarde en chien de faïence, « montre ce que tu sais faire, on verra après » ! Si tu n’as pas le diplôme, tu n’as pas la place ! Et là, je décide de faire mon trou, de reprendre ma place ; pourquoi laisser faire ? Je veux parler d’auto-légitimité. Je suis, à ce moment là, dans le service gestion de production ; je recompose les articulations des nomenclatures de produits pour mieux approvisionner, mieux stocker et mieux fabriquer ; j’ai en tête de retrouver de la flexibilité… mon patron le remarque, il adhère ; jeune Centralien dans la hiérarchie, il me nomme à la tête du service… Aïe ! Seule jeune femme du comité du Direction, mère de famille d’une petite fille, à la tête d’un service de 23 hommes….Je passe outre les commentaires désobligeants, et ne me fie qu’à mes instincts et à mes observations ; je veux toujours apprendre, et ce même patron me donnera LA chance que je ne raterais pas quelques années plus tard : reprendre mes études et passer mon diplôme d’ingénieur après 15 ans d’activités !
Je n’ai jamais rien lâché de ce que je juge essentiel, ni famille, ni obligations professionnelles, ni renoncement à mes valeurs morales. Cette étape clé, m’a ouvert des portes pour faire face aux préjugés de nos organisations françaises c’est certain ; mais pour moi ce qui m’importe avant tout, c’est ce que je fais, et ce que je suis avec les autres, juste parmi eux. J’ai depuis intégré d’autres groupes au fil des achats et revente d’activités, assumé différentes fonctions d’encadrement pouvant varier suivant les projets, de 20 à un peu plus de 100 personnes ; j’effectue mon parcours essentiellement à l’international depuis 1991 jusqu’à ce jour, permettant une richesse de contacts au travers de cette dimension multiculturelle. Je ne suis pas intimidée quand je me retrouve encore seule autour d’une table pour négocier, ou présenter des résultats, mais je suis fière quand j’y retrouve quelques consœurs. Pour continuer à faire évoluer les choses, je n’hésite pas à prendre sous mon aile « une jeune nouvelle » comme dise mes collègues ! Ma hiérarchie, l’a constaté plus d’une fois, et m’a permis d’accéder l’année passée à un programme de formation « expertise partagée », afin d’être encore mieux armée devant la tâche de transmission des savoirs ; accompagner une équipe, ou une personne, leur faire franchir les étapes est juste devenu un vrai bonheur. J’aime penser, comme le dit le proverbe espagnol, que l’on peut récolter plus, que ce que le jardinier a semé ! Tous les jours, je me répète que je ne suis pas « superwoman », et je choisi mes priorités, mes essentiels ; je délègue ou je fais l’impasse sur ce qui n’a pas ma préférence.

Lereseau Dominique claude atelier

Que dit-on de vous ? 
Je suis, et ce que certains disent de moi, quelqu’un d’une grande adaptabilité, une femme d’observations, d’analyses, d’actions, soucieuse du bien être des équipes et avant tout une femme de solutions. Les nouveautés ne me font pas peur, je suis de nature curieuse. Certains autres me disent aussi bourreau de travail, mais me surnomment « la Joconde », toujours calme et posée (en apparence, car je peux être une vraie bouilloire intérieurement), toujours en mouvement avec le sourire ! J’ai les conflits en horreur, et j’applique une de mes devises préférées « pour chaque minute où vous êtes en colère, vous perdez 60 secondes de bonheur » (Ralph Waldo Emerson – philosophe et poète américain 1803-1882).

Quels événements vous ont fait grandir ?
– Perdre mon père trop jeune, alors que j’ai appris tellement de lui ! Regarder, écouter, respecter l’autre en ce qu’il est, comprendre les différences, ne pas les rejeter ; il me disait souvent que l’on a toujours besoin d’un plus petit que soi, et de ne pas oublier d’où je viens…on ne fait que gravir des échelons.
– Trouver mon âme sœur, qui cultive grande patience et humanité. Toujours positif, il m’a toujours encouragée dans tous mes projets, et a accepté de jouer « les mamans » quand je suis en déplacement ! Nous ne cessons pas de « cultiver » notre contrat moral, point clef pour nos équilibres.
– Rencontrer des vrais patrons (et ils sont très peu en 35 ans de parcours, je les compte sur une main !), acteurs de l’évolution des sociétés et des équipes.

Qu’est-ce qu’une femme réalisée pour vous ?
Celle qui avant tout, aime ce qu’elle fait tant sur le plan personnel que professionnel ; elle en fait son équilibre et son moteur de tous les jours. C’est une femme qui ne laisse pas place à la morosité, au rythme des habitudes (même s’il y en a, ne pas se laisser envahir), et se refuse de passer à côté des petits bonheurs du quotidien, au travail comme à la maison ; un regard qui pétille, un sourire, un encouragement, voire un silence à bon escient : tout est partage, et apprentissage aux longs cours !

Avez-vous eu un modèle ?
Non, pas un… mais plusieurs ! Mis à part mon père, certains de mes patrons (comme Anne Lauvergeon ex AREVA) ont été des modèles pour leurs qualités d’écoute, de négociateur, de précurseur, et de meneur d’équipes. Certains autres personnages publics comme Gandhi, Simone Veil, Simone de Beauvoir, Albert Einstein, qui suivant leur domaines de prédilection ont su être et accompagner dans l’évolution globale. Ou encore comme Eleonor Roosevelt, par exemple, qui disait des femmes pour leurs « efforts de guerre », d’une manière imagée, et montrer qu’elles pouvaient prendre place ailleurs que dans leurs foyers : « a women is like a tea bag : you never know how strong she can be until she gets into hot water » (traduction : « une femme c’est comme un sachet de thé (sic !) : vous ne savez jamais combien elle peut être forte, jusqu’à ce que vous l’ayez jetée dans l’eau chaude ! »)

Comment avez-vous concilié vie familiale et professionnelle ?
Trouver cet équilibre quand on est par période à 80% de son temps en déplacement, peut paraître parfois impossible ; et pourtant, même si mes enfants savaient me laisser des billets doux entre deux portes pour me rappeler que je leur manquais, j’ai toujours fait en sorte qu’ils sachent que je les aime toujours très fort, même loin de la maison et je leur démontre quand je suis de retour à la maison : ils sont « mes exclusivités ». Quand les périodes d’absences sont trop longues les nouveaux outils de la communication me viennent en aide, mais surtout en période de congés scolaires, ils sont venus me rejoindre dans les différents pays où je me trouvais. Je partage avec eux l’ouverture aux autres… et les décalages horaires : au fil du temps, ils comprennent mieux ce que mes engagements sont, et ce qu’ils veulent dire pour moi.
Quelles sont les valeurs morales non négociables pour vous dans la vie ?
L’honnêteté, l’humilité et le respect sont mes trois piliers.
Quel est votre prochain objectif ou le rêve que vous voulez réaliser ?
Sur le plan personnel, concrétiser mon voyage au Vietnam,  et sur le plan professionnel, réussir l’intégration au sein du groupe  avec lequel ma société fusionne, et me donner une nouvelle chance de changer de position afin de mieux continuer à transmettre mes expertises aux autres.
Si vous n’avez qu’une seule chose à dire à toutes celles qui veulent se réaliser, que leur diriez-vous ?
Un des problèmes qui reste aujourd’hui pour les femmes, c’est passer encore trop de temps derrière leur bureau. C’est le syndrome de la « bonne élève » qui espère être récompensée pour ses résultats et son assiduité (revers de notre éducation) ; elles ne mettent pas assez en valeur leurs compétences, et savent peu se mettre de manière factuelle sur le devant de la scène. Les hommes ont tout de suite intégrés leur « réseau », et le font jouer quand il le faut ; nous, nous intégrons encore trop timidement cette notion. Alors en quelques mots, il faut se lancer ! Positiver, se faire confiance, bouger, acter et se laisser le droit à l’erreur, car les erreurs sont formatrices et on sait les assumer !

 

Je retiens du parcours passionnant de Dominique qu’il faut savoir:

  • se projeter dans sa carrière
  • partager avec son conjoint ses valeurs  (ça à l’air évident, je rencontre peu de femmes et d’hommes qui se « posent » pour en  parler et en faire un projet de vie…)
  • saisir les opportunités
  • déléguer
  • se laisser le droit à l’erreur
  • rester centrée sur ses priorités et affirmer sa complémentarité.

Et vous, que vous inspire le parcours de Dominique Claude ?