Les coulisses du « je »: Interview de la comédienne Sophie Mortimer

Dans le cadre des coulisses du « je », retrouvez aujourd’hui une interview passionnante de Sophie Mortimer, déjà présentée lors d’un article précédent au sujet du rôle de Don Juan qu’elle interprétait.

Sophie Mortimer

 

Mots clés qui te caractérisent 

Mes passions L’escalade, l’alpinisme, le ski alpin, la plongée sous -marine (appris pour un film que j’ai tourné en Martinique) ; le chant lyrique qui me vient de ma famille maternelle.
Ma devise/dicton/citation Persévère («  père sévère »), dirait Lacan ! 
Ma gourmandise ! Livres de Jane  Austen, Charlotte Bronte « Jane Eyre » ; Virginia Woolf,pièces de Shakespeare « Comme il vous plaira » « Hamlet »
Projet en cours Tournée internationale de Dom Juan  : Buenos Aires, Washington, Hô Chi Minh Ville…Deux monologues de Jean-Luc Lagarce, auteur contemporain, mise en scène de « l’Apprentissage » et jeu dans  « Les Règles du Savoir-Vivre dans la société moderne ».

Le fil de votre histoire

Jusqu’à l’âge de 10 ans, séjours dans différents camps militaires avec un père officier de cavalerie.

Nous nous sommes posés à Toulon, dans la maison familiale, études littéraires, Capes de lettres classiques, français-latin-grec. Chemin classique. Au moment de ma thèse, j’ai rencontré le théâtre de Daniel MESGUICH. Il m’a été demandé de passer une audition pour comprendre ce qu’est le théâtre.

J’ai passé une nuit à réfléchir sur ce que je savais faire : je savais danser et lire le grec ancien. A cette audition, j’ai dit en grec ancien un des monologues d’  « Antigone » de Sophocle. Daniel MESGUICH a aimé : « je vais t’aider à devenir comédienne » !

J’ai pris la décision à ce moment-là de rester dans le théâtre. Et chaque jour je savourais le plaisir d’être là.

Un autre moment fondateur, outre que j’ai participé à la création du  « Grand Macabre » de Ligeti à l’Opéra de Paris et à mon premier festival d’ Avignon. Mon mari, à la fin de ce travail, m’a posé une sorte de limite, un ultimatum : « Si tu réussis le concours de Chéreau, cela voudra dire que tu es faite pour ça! ». C’était un booster formidable !

J’ai passé le concours, sur un millier de comédiens, seuls 24 étaient retenus.  J’ai transformé l’essai en travaillant avec Patrice Chereau puis chez Brigitte Jaques. Brigitte, merveilleux metteur en scène, m’a poussé à devenir actrice-productrice.

 Aujourd’hui, je ne gagne pas beaucoup d’argent mais j’équilibre juste mes comptes. Je me suis donnée « les moyens » de me réaliser. C’est un choix de vie peut- être moins conventionnel qui a supposé une vie simple, un appartement simple…

Ma devise, qui est aussi notre devise : « La culture est le meilleur investissement au monde ».

Avoir les mêmes valeurs dans un couple, contribue à la réalisation de soi. Nous partageons les mêmes passions, la montagne, le théâtre et la musique. Mon compagnon est un chercheur et un mathématicien. Les choses de l’esprit nous passionnent tous deux.

 J’ai monté avec mon mari la semaine musicale du CAMET (à Coublevie, près de Grenoble) voir sophiepaulmortimer sur facebook) avec Philippe Désandré de l’Opéra de Paris.

  Confidences

 Quels sont les principaux évènements, positifs et négatifs, qui vous ont fait grandir ?

Le fait d’avoir vécu dans les camps militaires, notamment en Algérie pendant la guerre, mon père était colonel. J’ai appris à conduire sur une Jeep. J’allais en classe dans des camions militaires avec des soldats, mitrailleuses au poing.

Dites-nous pourquoi vous ont-ils fait grandir et en quoi ?

Mon père, l’homme d’action, le militaire, était très cultivé et lecteur. J’ai l’image d’un père qui lisait énormément. Et ma mère, qui était au foyer, c’était elle la femme d’action.

Ma mère s’est révélée femme d’affaires quand il y a eu faillite dans la famille. C’est ma mère qui a repris les rênes. Cette qualité lui venait de son père qui a été fondateur d’usine.

Il n’y a pas de délimitations dans la transmission. Les caractéristiques s’interpénètrent (entre hommes et femmes et père et mère).

 Qu’est-ce qu’ « une femme réalisée » pour vous ?

C’est une femme qui exerce le métier qu’elle aime. Elle agit, exerce dans le secteur qui la passionne. Travailler tous les jours, répéter dans le domaine qu’on aime, en l’occurrence pour moi, lire et jouer les textes. Dans l’autre plateau, une vie épanouie avec un homme qui m’accompagne et qui m’admire. C’est pour moi l’une des bases les plus solides pour l’harmonie et le ciment d’un couple.

Une de mes priorités, c’était d’avoir des enfants. Et aujourd’hui, je ressens l’admiration de mes enfants sur ma réalisation professionnelle . C’est une grande fierté pour moi.

 Avez-vous eu un modèle ?

Katharine HEPBURN. Elle est à la fois capable de racheter son contrat à la RKO, grand studio d’ Hollywood, d’imposer ses vues aux réalisateurs, de veiller au bien-être des équipes, et de lancer énormément de projets sans attendre l’autorisation ou le désir des autres. Elle disait : « Je veux être aussi célèbre que le Flat Iron », immeuble célèbre par son architecture. Elle était indépendante face aux grands studios. Ce pouvoir financier lui a donné une grande liberté.

Elle était très famille mais n’a pas voulu avoir d’enfant. Elle avait une très haute ambition. Elle savait qu’elle les aurait sacrifiés. Impossible de concilier sa vie de star, qui eut 4 Oscars et qui fut tant nominée, et une vie de mère de famille.

 Comment avez-vous concilié votre vie de famille et votre vie professionnelle ?

C’est un métier difficile, c’est un métier du soir, et un métier de tournées, donc difficile à gérer avec des enfants. Au début, j’ai dû me faire beaucoup aider par mon compagnon. Quand je suis devenue productrice j’ai posé des conditions sur les horaires et les lieux de répétitions, pour m’occuper de ma fille. J’ai toujours eu ma vie de famille. Cela ne se négocie pas. J’ai été exigeante.

 Quelles sont les valeurs morales non négociables pour vous dans la vie ?

Fidélité aussi bien dans ma vie personnelle que dans le travail. Je travaille depuis plusieurs années avec le même metteur en scène. J’ai fait confiance à mon sentiment et à mon intuition, contre l’avis de certains professionnels. Mes décisions étaient solides et justes, et m’ont emmenée à NYC et à Washington avec Dom Juan…

 Quel est votre prochain objectif ou le rêve que vous voulez réaliser ?

 Continuer à jouer et à produire mes projets !

  Si vous n’aviez qu’une seule chose à dire à toutes celles qui veulent se réaliser, que leur diriez-vous ?

 Ecoute toi !