Choisir de se réaliser: interview d’ Agathe Revert

Conservatrice ou conservateur : Les clés qui vous caractérisent

Agathe était notre invitée lors de la soirée réseau du mois de novembre

Vos passions ?

Travailleuse, travailleuse. J’ai de nombreuses passions.

C’est dur de faire un choix… allez,  je vous en cite quatre :

– La première est en adéquation avec mon métier : chercher. Ma curiosité est un moteur inébranlable ; tout me passionne à condition que le sujet ou l’objet ait une part scientifique et technique : c’est mon côté « bookworm » (rat de bibliothèque).

– La deuxième complète la première, et me fait la plupart du temps vibrer : découvrir ou recouvrir. J’aime faire de nouvelles expériences artistiques (les déterrer ou les enterrer c’est-à-dire mettre en exergue ou les mettre de côté). J’aime ce qui est matière, ce qui est drôle, pince sans rire, ce qui prend aux tripes.

– La troisième : travailler avec mes mains, mon cœur, mon corps et ma tête. Plasticienne depuis quatorze années, je performe, peins, sculpte.

Pour la quatrième, partie intégrante de mon être : les automobiles, les motocyclettes et les cycles. Quoi de plus jouissif que le bruit du moteur du coach Mercedes SSK de 1915, conservé à la Cité Automobile de Mulhouse!

Votre devise/dicton/citation 

« Ut Pictura Poesis«  (la poésie est comme la peinture) Horace

Un film, un livre, une histoire qui vous a marquée ?

J’en ai deux –  Pride and Prejudice (Jane Austen)  et Belle du Seigneur (Albert Cohen), ce sont deux incontournables…

Projet en cours ?

  j’ai plein de projets en plus je suis formatrice pour des artisans dans une école privée, je vais être formatrice en informatique pour les conservateurs-restaurateurs. Il faut être un peu geek comme moi pour aller dans ce sens.

Et puis je vais restaurer avec une équipe un véhicule de 1906 pour un musée public.

Le fil de votre histoire

Comment présenteriez-vous votre métier ?

« Je suis conservatrice-restauratrice de véhicules anciens.»

Alain Bublex, Aérofiat 2.1, 1993

Alain Bublex, Aérofiat 2.1, 1993

Mon métier souffre de son historicité et d’être méconnu au bataillon !

Voici les réactions quand je parle de mon métier  « Ah mais c’est original…. Alors tu restaures des voitures !… J’ai un ami qui a fait la même chose avec sa vieille DS.  (En décodé: tu refais du neuf avec du vieux!). Moi, je pensais m’acheter la même, mais c’est bien trop cher. »

Et là j’ai deux options :

  • Je dis « oui », et l’affaire est close!
  • La deuxième option : je  dis que le conservateur-restaurateur ne peut faire d’expertise marchande, que , conserver le véhicule, c’est intervenir soit sur son environnement, soit sur son conditionnement, soit sur l’objet pour sa stabilisation. Et lorsque je  dois le restaurer,  j’interviens de manière plus invasive, puisque la structure même du véhicule est touchée ».

Combien y-a-t-il de femmes dans votre métier ?

Je suis la seule, ce qui est encore plus dur pour se faire une place !

Quelles sont les qualités nécessaires pour se lancer et pratiquer votre métier ?

Il faut avoir une main de fer dans un gant de velours avec :  la compétence, l’adaptabilité, la flexibilité, la patience…

Quel est votre prochain objectif ?

Travailler dans les autres pays d‘Europe et pourquoi pas du monde!

Confidences

 Quels sont les principaux événements, positifs et négatifs, qui vous ont fait grandir ?

Premier événement :  je n’ai pas vraiment connu cette phase rebelle dite « normale » de l’adolescence. Evidemment me diriez-vous, je l’étais déjà! J’étais la terreur des enseignants, je m’ennuyais dans leur classe. Alors, j’ai choisi le mutisme, la même attitude que je pratiquais , pour d’autres raisons et  dans d’autres contextes! 

Pour faire court on ne m’avait jamais vraiment fait de cadeau. Je n’en faisais pas,  moi non plus d’ailleurs ! C’est à cette période là que j’ai pour la première fois touché le fond….. Les larmes montent encore alors que j’écris ces quelques lignes.

Mon passage à la vie adulte s’est fait à l’âge de seize ans : l’enfant que j’étais est devenu une jeune femme prenant enfin sa vie en main en l’espace de dix minutes :  j’avais été convoquée dans le bureau d’un homme dont j’ai totalement oublié la fonction, un attaché à l’éducation nationale qui se chargeait des écoles privées. J’étais assez zen bien qu’ayant dû monter cinq étages avec des béquilles.

Il m’annonce , après avoir sorti mon dossier scolaire (qui , je précise, débute à la maternelle) : « Au vu de votre dossier scolaire et de vos notes, il semble qu’une filière scientifique soit plus appropriée ». Imaginez la scène : je suis face à lui, un peu pantoise ; et  la tension monte graduellement !

Il continu son monologue : « Nous avons décidé de vous envoyer dans une filière professionnelle, afin que vous deveniez laborantine. »

Je n’ai rien contre cette profession mais mon sang n’a fait qu’un tour : je me suis levée et j’ai tapé du poing sur la table : « Je refuse, vous vous débrouillez, mais il est hors de question que j’aille là-bas ! « . Moi qui avais décidé de faire des études de littérature! On était encore en train de choisir pour moi ! Cela devait être la première fois que le pauvre homme subissait une telle réaction d’une collégienne. Embêté, il m’avait déjà reclassé afin de pouvoir remplir sa classe  ….

S’ensuit une négociation entre les deux adultes : on devait accepter cette inscription dans un premier temps avant de pouvoir m’y retirer et me mettre dans le lycée de mon choix DANS LE PUBLIC. Ma vie allait enfin changer, mais au vu du retard accumulé, j’ai dû travailler plus que les autres afin d’obtenir mon Bac. Je me suis enfin retrouvée, j’ai enfin pu être moi….

Deuxième événement : ma maîtrise d’arts plastiques en poche, j’étais montée à la Capitale pour trouver du travail. J’avais pour projet de monter ma galerie ; en effet j’ai la chance de percevoir le potentiel d’un artiste dans ses œuvres, ce qui me facilite le travail et son essor. Mais il me fallait faire mes armes!

Après un stage d’une année, je suis devenue régisseur d’œuvres et de bâtiment dans une galerie parisienne. Je côtoyais des artistes méconnus ou extrêmement populaires. J’adorais mon travail.

J’ai beaucoup appris tant sur le plan commercial, du management,  du relationnel. Ce boulot prenait une grande part de ma vie, exit les 39 heures et j’en faisais bien davantage !

Mais j’ai eu la « malchance »  des galeristes. J’ai tenu bon, jusqu’au jour où je ne faisais plus que 50 kilos – habits compris. J’étais descendue aux enfers pour la seconde fois.  Mais le vent tournait : j’avais passé quelques mois auparavant un concours pour rentrer dans une école! Quelques jours après mon arrêt de travail, je venais de recevoir une réponse positive de l’école.

 Comment conciliez-vous votre temps de vie privée et vie professionnelle ?

Je viens de monter mon entrepriseSi distinguer les deux était assez complexe au départ, je sais maintenant m’aménager des temps de pause.

Quelles sont les valeurs morales non négociables pour vous dans la vie ? 

La valeur « travail » et « se réaliser dans le travail » sont  pour moi non négociables. Les valeurs familiales sont également non négociables.

Qu’est-ce qu’ « une femme réalisée » pour vous ?

Une femme qui fait ce qu’elle aime et qui a choisi de se réaliser.

Avez-vous eu un modèle ?

Les femmes de ma vie, que sont ma mère , mes sœurs et ma grand-mère maternelle.

Avez-vous un rêve ?

J’en ai des tas, et j’en ai réalisé beaucoup. Le plus important serait celui d’avoir des enfants aujourd’hui.

Si vous n’aviez qu’une seule chose à dire à toutes celles qui veulent se réaliser, que leur diriez-vous ?

C’est une question assez complexe! Tout dépend de leur situation familiale, mais je leur dirais : FONCEZ, et  regardez autour de vous!

Je retiens du parcours d’Agathe :

  • Quelle belle affirmation de soi à 16 ans et après….
  • La détermination
  • Va jusqu’au bout de son choix
  • Le courage
  • Oser

Merci Agathe !