Suppression des allocations familiales: haro sur les parents!

Dans un excellent article du Monde sur la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme, Thibaut Gajdos montre bien que malheureusement, cette mesure n’a pas pour objet le bien des élèves absents en responsabilisant leurs parents par le portefeuille.
Elle a pour but de lutter contre la délinquance juvénile.
Mis à part le fait qu’il semble que cette mesure ne soit pas efficace, elle dénote une vision particulière de la jeunesse: la vision d’une jeunesse dangereuse qu’il faut dresser pour qu’elle ne tourne pas mal.
Oui, la jeunesse a besoin de cadre mais pas de soupçon perpétuel.
Oui la jeunesse a besoin de cadre et les parents sont là pour en mettre mais ils ne sont pas entièrement responsables de ce que leur enfant devient.
Oui la jeunesse a besoin de cadre mais aussi d’encouragement et surtout d’espoir et de confiance.
Et là, la France n’est pas très bonne! que ce soit pour les élèves absentéistes ou les bons élèves.
Mon expérience en cabinet et de formatrice en insertion me montre chaque jour que l’orientation scolaire et professionnelle de nos jeunes n’est pas digne de ce nom. faut-il s’étonner alors de l’absentéisme dans les sections professionnelles? comment voulez-vous qu’un jeune réagisse quand il veut devenir infographiste et qu’on l’envoie en BEP secrétariat? Quand un jeune qui veut faire de la cuisine est orienté en mécanique auto? ou quand un jeune de 16 ans “choisit” de devenir paysagiste alors qu’il n’a jamais fait aucun stage qui lui permettrait de se rendre compte de la réalité du métier?
Et je pense qu’il faut se garder de penser que les bons élèves sont épargnés. Eux aussi sont orientés vers la facilité sans qu’on se pose la question de leurs aspirations, tout stressés que les parents sont à l’idée de l’avenir de leur enfant (et je comprends les parents). Je pense que l’on serait bien inspiré de laisser du temps aux jeunes pour aller travailler et retourner ensuite aux études. ils y gagneraient en motivation et maturité.
Et que dire de la souffrance à l’école de ces “mauvais élèves”? Qui a envie d’aller à l’école pour avoir toujours des mauvaises notes? Qui a envie d’aller à l’école quand il ne comprend plus rien de ce qui s’y passe? Qui a envie d’aller à l’école pour se faire harceler par ses pairs?
Oui, il y a certainement certains parents qui sont démissionnaires mais il y en a aussi qui ont besoin d’aide sans qu’on les regarde avec condescendance parce qu’ils n’y arrivent plus.Imaginez aussi comme il doit être facile d’obliger un jeune à retourner au lycée quand il a 17 ou 18 ans! Vous faites quoi? vous le ligotez et le jetez dans le coffre de la voiture?

Et puis cette histoire d’allocation, c’est louche. Insinuerait-on que seuls “les pauvres” sont absentéistes? Car supprimer les allocations à des gens aisés, ça devrait avoir moins d’effet….
Alors pour terminer, je pense vraiment que l’absentéisme devrait être considéré comme la mesure que quelque chose de complexe ne va pas et non pas “haro sur les parents car ça doit bien être leur faute quelque part!”. Il serait bon d’avoir le courage de remettre des choses à plat et d’analyser des situations individuelles au lieu de trouver des solutions à l’emporte-pièce. Nos enfants méritent mieux que cela.