Le rapport Pisa

Comme tout le monde, je n’ai pas pu éviter la mini-tempête médiatique soulevée par la sortie du rapport Pisa à la mi-décembre.
Pendant trois ou quatre jours, des experts ont défilé, des journalistes ont commenté, des politiques ont lancé des anathèmes jusqu’à l’évènement médiatique suivant.
C’est un peu désespérant.
Parce qu’entre ceux qui disent : « ça fait longtemps qu’on le dit » et les autres qui disent : « il faut bruler le thermomètre », on n’a pas avancé d’un iota et le sujet est retombé dans l’oubli…

Personnellement, je pense que si on dépense autant d’argent pour avoir des données relativement objectives, il serait peut-être bon de les utiliser de manière constructive.
D’ailleurs, pour ceux qui le veulent, voilà le lien pour aller lire ce fameux rapport : rapport Pisa pour la France. Il n’est pas trop long et écrit de façon compréhensible (il ne faut pas oublier que je n’ai que bac+4, alors des fois, le jargon technocrate est un peu indigeste).

Au-delà du constat que l’école française favorise les enfants qui sont déjà les meilleurs et néglige ceux qui auraient le plus besoin, il y a un chiffre qui a retenu mon attention : sur une télévision que je ne nommerais pas (parce que je ne me souviens plus de laquelle !), un expert (que je ne nommerai pas non plus parce que je n’ai pas retenu son nom non plus !) avait dit « en France, seuls 17% des profs bénéficient de formation professionnelle chaque année contre 100% en Corée ».
Pour écrire cet article, j’ai donc épluché le rapport Pisa (bien obligée si je veux être à la hauteur de mes exigences : vérifier les sources). Rien trouvé.
J’ai épluché le rapport Pisa pour la France : rien non plus.
Finalement, j’ai trouvé le blog d’Eric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE et il m’a semblé le reconnaître sur une photo. Et grâce à la magie de la recherche internet, j’ai retrouvé une interview sur BFMTV.
Interview Eric Charbonnier, expert OCDE
Et c’est là que j’ai retrouvé les fameux chiffres qui viennent visiblement d’une étude TALIS de l’OCDE également.
Et bien, c’est un vrai casse-tête de retrouver d’où viennent les informations pour les vérifier !

Bref, j’ai fini par retrouver les chiffres qui m’intéressaient : en France, le manque de formation des professeurs est un vrai problème, notamment en formation continue.

C’est quand même tout à fait intéressant et complètement incroyable. Les personnes qui insistent toujours sur l’importance de l’éducation et défendent ce droit bec et ongles pour les autres, se forment peu.
Pendant un temps, la France avait même supprimé la formation initiale des enseignants ! Qui a bien pu avoir une idée pareille ? Impensable pour un plombier ! Impensable pour une aide-soignante ! Mais pour les profs, pourquoi pas…
Bon, j’ai eu mon concours, demain je rentre en CP. J’ai un master 2. Comment est-ce que je fais pour apprendre à lire aux enfants ???? T’as pas un bouquin à me prêter ? « ‘Enseigner la lecture aux enfants pour les nuls » ?
Ah bonjour, je suis le nouveau mécanicien. J’ai un bac S. Pouvez-vous me dire où est le moteur ???

Heureusement, il existe à nouveau de la formation initiale pour les profs. Mais que deviennent ceux qui n’ont pas été formés ? J’ai bien peur qu’ils ne puissent pas compter sur la formation professionnelle continue !
Dans son blog, Eric Charbonnier indique : « À titre indicatif, à Singapour, chaque enseignant est évalué annuellement sur ses forces et faiblesses, et bénéficie de 100 heures de formation professionnelle par an pour lui permettre de s’améliorer. Par opposition, l’étude TALIS révèle qu’en moyenne, dans les pays de l’OCDE participants, 20 % des nouveaux enseignants et 13 % des enseignants expérimentés n’ont jamais reçu de retour sur leur enseignement. »

Pourrait-on expédier nos enseignants à Singapour ? Parce que quand j’ai entendu Peillon sur France Inter parler de la formation professionnelle, j’ai eu peur. Il a affirmé que oui, il aurait de la formation continue pour les profs….sur les programmes !
Et la pédagogie ? La gestion de groupe ? La bientraitance ? (Oui, je sais, c’est plutôt un thème abordé en petite enfance mais honnêtement, c’est aussi un concept qui concerne les enseignants.)
Est-ce que cela veut dire que les profs, une fois l’épreuve des concours passée, sont « finis » ? Ils savent tout ? Ils n’ont plus besoin d’apprendre ?
C’était peut-être valable au 19ème siècle mais aujourd’hui, ça n’a vraiment plus de sens et pourtant, on dirait que cette croyance est dans les gènes de l’éducation nationale. Du moment qu’on a passé les fourches caudines du concours, « on est bon ».
Les formateurs, éducateurs, enseignants ont tous besoin de se former (moi la première) pour sortir la tête du guidon, se ressourcer, échanger, rester créatifs dans leur pédagogie et surtout garder la flamme qui les a amené au métier la première fois.
On ne peut pas donner, donner et ne jamais recevoir, surtout quand on travaille avec des humains, petits ou grands.
Moi, j’aimerai bien qu’un jour les enseignants fassent grève pour avoir le droit de se former ou bien qu’ils utilisent leur droit à se former (parce que si j’incite à la grève, je ne vais pas être très populaire !).
Donc, j’informe ici solennellement tous les salariés et tous les fonctionnaires qu’ils ont le droit au Droit Individuel à la Formation (soit 20h de formation par an cumulable 6 ans qui sont perdus s’ils ne sont pas utilisés).

Je vous souhaite une très bonne année 2014, pleine de projets (pour ceux qui aiment), de rencontres familiales et amicales (pour ceux qui en veulent) et de prospérité financière (c’est bon pour tout le monde !).