La jouvence de l’abbé Soury

Je n’ai pas écrit d’articles depuis un certain temps.

Aujourd’hui, c’est la jouvence de l’abbé Soury qui me sort de ma torpeur du mois d’août.
Je ne sais pas si je regarde plus la télévision en ce moment, mais j’ai fait la désagréable expérience de voir plusieurs fois la publicité télévisée pour ce produit. Il est vrai que vu la chaleur en ce moment, on a peut-être plus souvent les jambes lourdes…

En tout cas, cette pub me rend folle! Je me demande si je suis la seule personne à réagir.

Les publicitaires qui ont créé ce clip ont réussi un bijou de sarcasme et de dénigrement en 15 secondes!

Pour vendre un produit dont le seul argument de vente est qu’il est en vente depuis 150 ans, la mère humilie et rabaisse sa fille:

  • “tu as l’intention de sortir comme ça?” sous-entendu: ma pauvre fille, tu as vu comment tu es fagotée?
  • “j’ai tout de suite vu qu’il n’était pas pour toi.” sous-entendu: je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi et tu n’es pas capable de faire tes choix
  • “tu n’aurais peut-être pas dû arrêter la danse” quand la fille joue du violon de manière plus qu’approximative. sous-entendu: tu es vraiment nulle en violon, déjà que tu étais nulle en danse.

L’effet est augmenté car on ne voit jamais clairement le visage de la fille sauf quand elle pleure d’une façon tout à fait ridicule. On efface la victime ou la ridiculise parce qu’elle montre des sentiments exagérés par opposition à sa mère qui semble tellement raisonnable.

Bravo les gars. Excellente entreprise de démolition.

Je trouve tout cela proprement insupportable et j’en perd mon sens de l’humour. Je n’achèterai jamais ce produit.

Ça me met en rage de voir une publicité qui utilise des ressorts de violence psychologique pour vendre une lotion en faisant semblant que c’est du second degré.

C’est comme si on vendait de l’arnica en mettant en scène une femme battue. “tiens, Chérie, prends de l’arnica, c’est bon pour les bleus, je te dis! J’ai quand même de l’expérience depuis le temps que je tabasse des femmes”

Et puis on dirait :”mais non, c’est de l’humour. Tu n’as rien compris”

Bon d’accord, je n’ai rien compris et moi aussi je vais faire de l’humour douteux: si on a une mère comme ça, je peux comprendre qu’on prie pour une petite canicule!

Bon sinon, imaginons que le clip ne se passe comme ça et que la fille se transforme en karatéka de la communication.

Le dialogue pourrait être

  • “tu as l’intention de sortir comme ça?”
  • C’est une vraie question ou tu as juste l’intention d’être désagréable?
  • “j’ai tout de suite vu qu’il n’était pas pour toi.”
  • Ben c’est sympa! tu aurais pu me le dire plus tôt. Et à quoi tu as vu cela?
  • “tu n’aurais peut-être pas dû arrêter la danse”
  • Qui t’a dit que j’ai arrêté la danse? En tout cas, je vois que toi, la langue de vipère, tu pratiques toujours!

Ah! ça fait du bien.

Je pourrais aussi réécrire le texte de la mère pour obtenir le même résultat mais sans violence psychologique

  • Euh, je trouve que les bottes blanches, ça fait pas terrible avec le reste
  • Je pense vraiment qu’il ne te méritait pas
  • Dis donc, c’est dur le violon. Mais tu as raison, accroche-toi, c’est comme ça qu’on réussit
  • Tu sais ce que je prend, moi, quand j’ai mal aux jambes? la J de AS. et ça marche plutôt bien.

C’est mieux qu’un script basé sur l’idée que si le client n’achète pas ce que d’autres achètent depuis 150 ans, c’est un idiot. A ce tarif-là, on se met tous à fumer et à mettre de l’amiante dans notre grenier et on reprend une petite dose de crème pour le visage contenant du radium (ça rend le teint plus lumineux, parait-il)

Bon allez, je retourne à ma torpeur jusqu’à la prochaine fois.