« Je te fais confiance »

La confiance en soi ou en l’autre est un thème qui revient souvent dans les discussions avec les parents.

Et l’expression « je te fais confiance ? » ou « je ne peux pas lui faire confiance » revient souvent.

Ça m’a obligé à bien réfléchir sur le sujet.

D’abord, j’ai surtout réfléchi au « je te fais confiance ».

On peut l’interpréter de plusieurs manières

  • Je te fais confiance ! plein d’assurance qui ressemble fort à une injonction. Si je le dis assez fort, il va y croire et il fera ce que je dis. Ex « je te confie l’argent pour le pain. Je te fais confiance ». Traduction du message caché : je te préviens, tu n’as pas intérêt à perdre l’argent du pain ou à le dépenser pour autre chose, sinon ça va barder !
  • « je te fais confiance ? » en mode supplication. Ex : « tu veux rentrer en vélo tout seul de l’école ? j’espère que je peux te faire confiance ? » Traduction : j’ai la trouille que tu te fasses écraser et j’espère que tu sens bien ma peur et que ça va t’éviter de faire des bêtises.
  • « est-ce que je peux te faire confiance » en mode manipulation. Ex. j’aimerai que tu ailles acheter le pain. Est-ce que je peux te faire confiance pour y aller ? ». Traduction : Ça m’ennuie au plus haut point d’aller chercher le pain mais j’essaie de te persuader que c’est un grand signe de reconnaissance envers toi pour que tu te sentes flatté d’y aller. (bon, là, vous allez peut-être trouver que j’exagère. Mais réfléchissez bien… n’avez-vous jamais eu recours à cet expédient ? allez, soyez honnête…)

Bon alors, c’est quoi l’idée de la confiance ?

D’abord, éliminons le troisième cas, celui de la manipulation. Il n’est intéressant qu’à un titre. Si les enfants répondent (un temps) à ce type de manipulation, c’est parce qu’ils ont soif de nous montrer qu’ils sont capables.

Dans les deux autres cas, la confiance relève de l’acceptation par les parents de leur vulnérabilité.

Autrement dit, faire confiance à son enfant (ou à son conjoint, son collaborateur, sa femme de ménage, son plombier…), c’est accepter qu’on est vulnérable. Leurs actes, leur bien-être ont un impact sur nous et notre bien-être. (C’est vrai aussi pour votre plombier. Vous croisez les doigts qu’il soit bon parce que vous êtes dépendant.e de son travail…et quand vous en avez trouvé un bon, vous le gardez même s’il est cher car la tranquillité d’esprit n’a pas de prix).

  • Je suis vulnérable quand j’autorise mon enfant à aller en vélo à l’école car je sais que je ne pourrais pas le protéger à ce moment.
  • Je suis vulnérable quand je donne les sous du pain parce qu’il est possible que mon enfant prenne des décisions inappropriées.
  • Je suis vulnérable quand j’accepte que mon enfant sorte avec des copains et que je ne peux pas contrôler s’il se met en danger.

Oui, pour les parents, c’est certainement la chose la plus difficile : se rendre compte qu’il faut bien qu’on lâche un peu nos enfants pour qu’ils deviennent autonomes mais qu’en même temps, cela signifie ne plus être en capacité de les protéger !

Alors, pour éviter l’angoisse, on peut

  • Les cloitrer jusqu’à 18 ans (mais c’est reculer pour mieux sauter)
  • Les angoisser en leur parlant de la confiance qu’on leur fait…
  • Se manger les ongles jusqu’aux cuticules à 3h du matin en attendant qu’ils rentrent avec la voiture.
  • Ou bien, on peut apprendre à évaluer la mesure de la vulnérabilité que l’on accepte sans trop stresser !

Si j’envoie mon enfant chercher le pain, je ne suis pas obligé.e de lui donner 50 euros. On peut commencer par 3 euros. S’il les perd, c’est moins grave !

Je peux demander à mon enfant de suivre un itinéraire précis pour aller à l’école en vélo et je peux le faire une fois avec lui pour lui indiquer les endroits où il faut être vigilant.

Quand j’accepte que mon enfant aille à une soirée, je peux lui donner une heure limite pour rentrer et demander les numéros de portables de certains de ses amis.

Bref, en tant que parent, il est tout à fait légitime de mettre des limites car elles sont synonymes de protection. Mais, il est aussi nécessaire de mesurer le degré de vulnérabilité auquel on accepte de s’exposer car il y a toujours des étapes à franchir pour laisser de l’autonomie à son enfant.

Il faut bien les laisser rentrer de l’école à pied, prendre le métro ou le train, aller chez des amis en vélo, prendre la voiture…

Alors au lieu de répéter : « je te fais confiance » tout en priant qu’il ne se passe rien, il vaut mieux évaluer les dangers clairement et honnêtement et décider des règles qui ne permettront à cette expérience de ne pas se transformer en catastrophe. Il faut savoir dire « non » quand ça s’impose et dire « oui » quand c’est pertinent. Protection n’est pas surprotection !

Et surtout, la mesure pertinente est celle du danger. Protégez vos enfants des dangers mais pas des inconforts. Les enfants doivent aussi faire des expériences désagréables en conséquence de leurs actes et de leurs choix. C’est comme ça qu’on apprend.